Le cholestérol

Cet article est paru dans la revue « Cœur et artères » de la ligue cardiologique belge. Nous remercions la ligue pour son partenariat et plus particulièrement Madame KOCKLENBERG Dominique. 

CHOLESTÉROL : COMPRENDRE, PRÉVENIR ET TRAITER UN FACTEUR CLÉ DE NOTRE SANTÉ CARDIOVASCULAIRE

Par le PROF. BERNARD COSYNS – UZ BRUSSEL

Le cholestérol n’est pas qu’un simple chiffre sur une prise de sang. Très souvent diabolisé, il joue pourtant un rôle essentiel dans le fonctionnement du corps – avant de devenir un ennemi redoutable quand il s’accumule là où il ne faut pas.

L’enjeu est de maîtriser le cholestérol.

Il est important de comprendre d’où il vient, comment il agit, et surtout comment le garder sous contrôle selon notre profil de risque : faible, modéré, élevé ou très élevé. Le profil de risque peut être évalué en utilisant un système de score (modélisation) adapté au pays, au sexe et à l’âge. Il existe plusieurs sous types de cholestérol, avec des rôles et un métabolisme différent. On parle souvent de bon (HDL) et de mauvais cholestérol (LDL) mais cette notion est jugée réductrice. Même si le LDL reste la cible thérapeutique prioritaire, en pratique, le non-HDL est de plus en plus utilisé pour prédire le risque en particulier chez les patients présentant d’autres anomalies métaboliques (diabète, obésité, hypertriglycéridémie). Mais il faut maintenant aussi tenir compte de la lipoprotéine(a) ou LPA, encore trop méconnue qui devrait être dosée au moins une fois dans les populations à haut risque.

Les nouvelles recommandations européennes, présentées au congrès de Madrid, ont redéfini les valeurs cibles, parfois plus strictes que par le passé. Le message doit être clair : on ne traite pas un taux de cholestérol, on traite un risque global.

Derrière ces chiffres se cache l’athéromatose, cette maladie lente et insidieuse où les graisses s’infiltrent dans les artères, favorisant infarctus et AVC. Pour détecter ces dépôts précocement, l’imagerie joue un rôle clé : échographie carotidienne, score calcique et/ou angioscanner des artères coronaires offrent une cartographie de notre risque invisible. Ces techniques d’imagerie sont souvent préconisées si le profil de risque est intermédiaire et reste mal défini sur base des autres paramètres de risque (cliniques et biologiques).

Mais comment savoir où l’on se situe ?

Le calcul du risque cardiovasculaire global reste l’étape décisive. Il dépend de l’âge, de la pression artérielle, du tabagisme, du diabète… et bien sûr du cholestérol. Ce risque doit être évalué régulièrement, surtout en prévention primaire – avant le premier accident – ou secondaire, quand il faut éviter la récidive. Car la santé cardiovasculaire est avant tout une responsabilité partagée : celle du médecin, mais aussi du patient.

Et si les médicaments font parfois peur, il est temps de remettre les pendules à l’heure.

Les statines, l’acide bempédoïque, les inhibiteurs spécifiques de la réabsorption du cholestérol digestif, les inhibiteurs des PCSK9* et d’autres molécules comme l’inclisiran ont prouvé leur efficacité. Les effets secondaires existent, mais restent rares et maîtrisables. Ce qui compte, c’est le rapport bénéfice-risque : chaque point de LDL en moins, c’est une artère mieux protégée, un cœur sauvé.

Alors, quand faut-il doser son cholestérol ?

Dès l’âge adulte, et plus tôt encore si l’on suspecte une hypercholestérolémie familiale ou en cas d’histoire familiale d’accident cardio-vasculaire. Et au-delà de 75 ans ? Oui, le traitement garde tout son sens quand il améliore la qualité et la durée de vie.

Reste enfin la base de toute prévention : notre mode de vie. Manger mieux, bouger plus, arrêter de fumer. En pratique, cela veut dire une alimentation riche en fibres, poissons gras, fruits et légumes, et pauvre en graisses saturées. L’activité physique régulière, même modérée, agit comme un médicament naturel qui améliore le profil lipidique et libère les artères.

Prendre soin de son cholestérol, c’est investir dans son futur cardiovasculaire. Ce n’est pas une fatalité, c’est une démarche éclairée, informée, personnelle. Parce que derrière chaque chiffre, il y a un cœur – le vôtre.

*Définition : La PCSK9 est une protéine (Pro-protein Convertase Subtilisin/Kexin type 9) qui joue un rôle central dans le métabolisme du cholestérol, en particulier du LDL-cholestérol